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Les Start-up aussi investissent le Salon aéronautique (Le Monde)

L’incubateur Starburst Accelerator et la DGA présentent des projets aussi variés qu’une voiture ou un robot gonflable. 

Une modeste tente ouverte à tous vents avec quelques tables et des chaises. Ce qui ressemble de loin à une buvette de fortune installée au cœur du Salon du Bourget, entre les aéronefs et les pavillons des exposants, accueille, pour la semaine, Starburst Accelerator, un incubateur de start-up aéronautiques.

« Nous accompagnons les jeunes entreprises dans le développement de leurs affaires ; nous les aidons à gagner des contrats et à lever de l’argent », explique François Chopard, qui a lancé ce concept voici trois ans.

Avec une quinzaine de personnes, cet ancien associé du cabinet de conseil Oliver Wyman, passé par Airbus et les laboratoires de l’armée de l’air des Etats-Unis (US Air Force), cherche les projets les plus innovants dans le secteur aéronautique en Europe et, depuis peu, outre-Atlantique.

Les créateurs retenus présentent leur projet à un comité de sélection constitué de quarante personnes. Composé de représentants de groupes comme Airbus, Panasonic, Hutchinson, Thales, Safran ou Air France-KLM, ainsi que d’investisseurs potentiels tel Bpifrance, ce jury apprécie l’innovation, les équipes, le « business plan » et le mode de financement.

Les start-up retenues rejoignent alors le programme d’accélérateur de l’incubateur. « Nous les aidons à trouver un premier contrat avec les industriels », souligne M. Chopard qui propose même de les héberger, la Mairie de Paris ayant mis à disposition des locaux à Boucicaut (15ème). “Nous sommes trop à l’étroit aujourd’hui“, ajoute-t-il. En moins d’un an, les mille mètres carrés sont déjà entièrement occupés.

Le Salon a été l’occasion de procéder à une nouvelle sélection au terme de laquelle le jury a retenu, jeudi 18 juin, quatre des quinze jeunes entreprises sur les rangs: une américaine, une irlandaise et deux suisses. Leurs innovations vont des antennes de communication (Swissto12) au calcul scientifique sur cloud (Rescale), en passant par les matériaux composites en fibres végétales (Bcomp) et le traitement de surface pour les panneaux solaires (Enbio).

Ce quatuor rejoindra les vingt-cinq start-up déjà membres du Starburst Accelerator, comme Safety Line, créée par Pierre Jouniaux. Ce pilote de ligne, passé par le BEA, Bureau d’Enquêtes et d’Analyses, s’est intéressé aux données collectées par les avions pour proposer un système permettant d’économiser du carburant au décollage, le moment où la poussée des moteurs est maximale. En collaboration avec l’Ecole polytechnique et l’Inria, il a mis en place un algorithme optimisant la trajectoire et la vitesse lors du décollage “le principe est une éco-conduite, avec une montée progressive qui permet d’économiser 15% du carburant”, dit son  fondateur. Soit une économie de 150 kilos de carburant pour un Airbus A 320. Safety Line a signé un accord de coopération avec Transavia, la filiale à bas coût d’Air France-KLM.

Drôle d’engin 

Ce programme de calcul appliqué aux opérations aériennes côtoie des projets aussi différents que celui du buggy volant, développé par Vaylon. Ce drôle d’engin peut se déplacer tant sur terre que dans les airs, s’envolant grâce à son hélice à l’arrière du véhicule et au déploiement de sa voile de parapente. Avant de rejoindre cet incubateur, ce projet avait retenu l’attention de la direction générale de l’armement (DGA), voici deux ans, pour un usage dans les forces armées. La DGA qui finance des projets innovants à vocation civile et militaire présente également au Bourget des innovations.

L’une des plus étonnantes est Bulle, pour “bras ultraléger articulé gonflable”, un robot en tissu. Replié dans un sac à dos, ce tube se déploie et, grâce à un système d’articulations textiles, il peut s’élever à plus de quinze mètres et évoluer en tous sens. Équipé d’une caméra, il peut inspecter des installations; il peut aussi manipuler des charges, plus besoin de grue ni d’échafaudage. “Ce robot ne craint pas les chocs et n’abîme pas les installations”, précise son jeune inventeur, Sébastien Voisemberg, en le manipulant à l’aide de sa tablette.

L’idée lui est venue au Commissariat à l’énergie atomique en travaillant sur l’inspection des installations nucléaires. Il la développe depuis chez Warein, une PME basée en Mayenne. Non loin de là, en Normandie, une petite entreprise, Lineo s’intéresse à la fibre de lin pour fabriquer des panneaux très résistants, et moins lourds que le carbone et le verre. Les usages sont multiples, de la raquette de tennis aux skis, en passant par l’automobile et demain l’aéronautique. D’où la présence au Bourget.

© Dominique GALLOIS pour Le Monde Economie